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Réutilisation de bases de données : les risques juridiques majeurs pour l’entreprise

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Image d'une réutilisation de bases de données

Source : Freepik.com

INTRODUCTION :

La réutilisation de bases de données accessibles en ligne ou acquises auprès de tiers est devenue une pratique courante, qu’il s’agisse de projets d’intelligence artificielle, de prospection commerciale ou de recherche scientifique.

La publication de la CNIL du 23 janvier 2025 rappelle toutefois une réalité souvent sous-estimée : réutiliser une base de données trouvée en ligne ou fournie par un tiers expose l’entreprise à des risques juridiques importants, même lorsque la base semble librement accessible.

En effet, la simple disponibilité d’une base de données ne suffit pas à garantir la licéité de sa réutilisation.

Voici les principaux risques à connaître pour éviter les sanctions.

🔥 1. Risque pénal : recel de données issues d’une infraction

La CNIL est explicite :

➡️ Réutiliser des données provenant d’une fuite, d’un vol ou d’une source manifestement illicite peut constituer du recel.

Conséquences possibles :

  • poursuites pénales,
  • responsabilité personnelle des dirigeants ou responsables,
  • sanctions financières et réputationnelles.


Sont particulièrement à risque :

  • bases issues du dark web,
  • données dont l’origine délictuelle est connue,
  • bases visées par une décision de justice pour atteinte aux droits (ex. droit sui generis du producteur de base de données).

Recommandation : Vérifier l’absence d’illicéité manifeste

Le réutilisateur doit s’assurer que la base n’a pas été constituée ou diffusée de manière manifestement illicite.

La CNIL recommande d’examiner plusieurs indices :

  • source et documentation : l’origine des données doit être clairement identifiée ;
  • base légale : la collecte doit reposer sur un fondement approprié (ex. consentement pour des données de géolocalisation précises) ;
  • contexte de diffusion : vérifier l’existence éventuelle de sanctions publiques ou d’alertes.


Il ne s’agit pas d’un audit complet, mais d’un examen raisonnable des éléments disponibles.

⚖️ 2. Risque civil : violation des droits de propriété intellectuelle

La réutilisation d’une base constituée en violation du Code de la propriété intellectuelle expose l’entreprise à :

  • des actions en contrefaçon,
  • des demandes de dommages et intérêts,
  • des mesures d’interdiction ou de retrait.


Le risque est particulièrement élevé lorsque :

  • la base reproduit des données protégées,
  • le producteur de la base n’a pas autorisé l’extraction ou la réutilisation.

🛑 3. Risque RGPD : traitement illicite de données personnelles

Même si la base semble légitime, la réutilisation constitue un traitement distinct, soumis à toutes les obligations du RGPD.

Les risques incluent :

  • absence de base légale,
  • non-respect de la minimisation,
  • absence d’information des personnes,
  • absence d’AIPD lorsque nécessaire.


Sanctions possibles :

  • amendes administratives,
  • injonctions de cesser le traitement,
  • atteinte à la réputation.
violation des droits de propriété intellectuelle

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🚨 4. Risque aggravé en présence de données sensibles ou d’infraction

Les données relevant des articles 9 et 10 du RGPD sont particulièrement encadrées. Leur réutilisation est en principe interdite, sauf exceptions strictes.

Risques associés :

  • traitement illicite de données sensibles,
  • violation grave du RGPD,
  • sanctions renforcées.

Recommandation : Vigilance accrue en présence de données sensibles ou d’infraction

Le réutilisateur doit notamment vérifier :

  • l’existence d’un consentement explicite,
  • le caractère manifestement public des données,
  • l’absence de données particulièrement intrusives.
cadre contractuel clair

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🧩 5. Risque contractuel : responsabilité vis-à-vis des partenaires

En l’absence d’un cadre contractuel clair, l’entreprise peut être tenue responsable :

  • d’une réutilisation non autorisée,
  • d’un défaut de vérification préalable,
  • d’un manquement à ses obligations d’accountability.

Recommandation : Encadrement contractuel recommandé

Même si la base d’origine est licite, la réutilisation constitue un traitement distinct.

Elle doit donc respecter :

  • une base légale propre,
  • les principes de minimisation et de limitation des finalités,
  • l’information des personnes concernées,
  • la réalisation d’une AIPD lorsque nécessaire.

🛡️ 6. Risque d’atteinte à l’accountability

Le RGPD impose de prouver la conformité.

L’absence de documentation des vérifications préalables constitue un risque en soi.

En cas de contrôle, l’entreprise doit démontrer :

  • qu’elle a vérifié la licéité de la base,
  • qu’elle a évalué les risques,
  • qu’elle a mis en place les garanties nécessaires.

Conclusion :

Dans un contexte où les jeux de données circulent massivement — notamment pour l’IA — la réutilisation sans vérification préalable expose l’entreprise à des risques juridiques majeurs : pénaux, civils, RGPD et contractuels.

La clé :

➡️ vérifier, documenter, encadrer.

C’est la seule manière de sécuriser juridiquement les projets impliquant des données.

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